Persistance des tensions géopolitiques, rebond technique des indices actions et repositionnement institutionnel sur les marchés de taux.
Cette semaine a été rythmée par des nouvelles en dents de scie. En effet, au début de semaine, nous avons eu une lueur d'espoir d'un accord Iran–USA, mais les deux parties en ont décidé autrement en fermant le détroit encore une fois, alors même qu'un traité de paix avait vu le jour la semaine dernière. Contre toute attente, les equities percent les plus hauts historiques et la volatilité ne semble pas diminuer. Un climat tendu, mais des equities au top…
FX
US
Cette semaine, le prétendant au poste de Chair de la Fed, Kevin Warsh, a été auditionné au Sénat (Commission bancaire), afin d’y voir plus clair dans ses aptitudes à gouverner la Banque centrale américaine. L’idée centrale à retenir est le « changement de cap » annoncé et assumé par le favori de Trump (K. Warsh), ainsi que les critiques faites à la Fed concernant la vague inflationniste post-Covid. Ce dernier a évoqué une réduction du bilan via des ventes d’actifs à grande échelle (de l’ordre de 100 milliards de dollars, par mois ou par séquence). Dans le cadre d’un resserrement quantitatif (QT), la baisse du stock d’actifs détenus par la Fed exerce généralement une pression haussière sur les taux longs, pouvant contribuer à une pentification (steepening) de la courbe plutôt qu’à un aplatissement de sa partie courte.
Ce diagnostic s’inscrit dans un contexte où les données US et les rendements restent fermes. En régime de ciblage d’inflation, une surprise haussière sur l’activité (ventes au détail, production) couplée à un choc pétrolier plaide contre une baisse de taux imminente. Car, comme nous le savons, le mandat de la Fed se décompose en deux parties importantes : l’inflation et le suivi du plein emploi. Si le plein emploi demeure robuste et que l’inflation accélère, la fonction de réaction de la Fed (type Règle de Taylor) conserve un biais restrictif (hawkish) afin d’ancrer les anticipations, même si l’ampleur et le calendrier exacts des ajustements restent dépendants des prochaines publications et de la communication officielle.
Pour ce qui est du dollar en général, il garde toujours son rôle de valeur refuge. Avec des equities en pleine forme et des tensions géopolitiques toujours prédominantes, le billet vert tient la cadence, mais encore pour combien de temps ? Les données sur l’emploi vont être déterminantes pour les prochaines semaines, même si les principales préoccupations tournent autour du choc inflationniste pétrolier imminent, et déjà présent dans certaines industries.
EUR
Comme pour la zone US, les données de vente et de production sont au-dessus des prévisions. Le choc inflationniste va commencer à se faire ressentir sur les prix de vente en zone euro, de manière plus importante que dans la zone US, car nous n’avons pas de souveraineté énergétique. Donc cette inflation énergétique risque de toucher en plein cœur l’activité de notre zone économique.
En effet, un choc d’offre asymétrique sur la zone euro pourrait avoir comme conséquences une période de stagflation, avec un PIB en stabilisation, voire en diminution, mais des prix à la consommation toujours plus hauts…
Les marges des entreprises européennes pourraient diminuer rapidement sur un court laps de temps et donc faire perdurer cette période stagflationniste, car les capitaux pourraient migrer vers des zones plus rentables… les USA…
L’économie ne montre pas de signe de ralentissement notable, mais les données sont toujours à surveiller dans un climat aussi tendu que le nôtre. Pour ce qui est de l’EURUSD, il varie en fonction des tweets du président américain et des avancées concernant la situation au Moyen-Orient.
JPY
Le même débat, encore et toujours… le carry trading est-il encore menacé ? Eh oui, le yen est toujours sujet à ces hypothèses, car, comme nous le savons, de nombreuses stratégies de trading et d’investissement basent leur logique sur le différentiel de taux d’intérêt entre deux zones monétaires.
Le Japon est un pays importateur net d’énergie… vous me voyez venir… Étant donné la crise énergétique qui a déjà commencé à frapper, le pays va être victime d’une forte inflation. La BoJ, qui a pour coutume de garder des politiques relativement accommodantes, pourrait encore une fois augmenter ses taux, et donc diminuer le différentiel de taux US–JPY. Cette action aurait pour conséquence, comme nous en avons déjà parlé dans un article précédent, d’apprécier le yen sur du court terme. Le yen étant massivement utilisé comme devise de financement, un resserrement de l’écart de rendement réduit la rentabilité des stratégies d’arbitrage. Cela force les investisseurs à racheter des yens pour clôturer leurs positions courtes, créant une pression acheteuse sur la devise japonaise.
Notion théorique
Ce mécanisme illustre la Parité Non Couverte des Taux d'Intérêt (UIP). Selon cette théorie, la variation du taux de change doit compenser le différentiel de taux d'intérêt entre deux zones monétaires. Si le rendement excédentaire offert par l'USD diminue, la monnaie doit se déprécier par rapport au JPY pour rétablir l'équilibre. Dans la pratique, l'appréciation du JPY ne dépend pas uniquement du différentiel de taux : lors d'un pic de volatilité, le rapatriement massif de capitaux et le deleveraging (réduction des positions à effet de levier) accélèrent souvent la fermeture des carry trades, renforçant la demande de yen.
Equities
Comme déjà dit au début, le marché actions crève les plus hauts et les valeurs tech s’envolent. Cela est dû au fait que le marché US est beaucoup plus résilient que les autres, mais aussi que les entreprises tech US ne sont pas très impactées par la guerre, étant donné la souveraineté énergétique du pays et des importations pas extrêmement influentes sur la production.
Mais attention tout de même : les marchés sont tendus, et des plus hauts historiques jour après jour alors que des tensions géopolitiques mondiales ne cessent de croître ne présagent rien de bon. J’aurais tendance à utiliser une comparaison entre le S&P 500 et un élastique… attention à ne pas trop le tendre, car le retour pourrait être brutal. Hedgez-vous.
Léo Lombardini
Analyste macro & fondateur d'Horacle Capital. Spécialiste des marchés financiers, des banques centrales et de la finance quantitative.
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